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Free Solo : les sommets les plus durs à grimper au poker

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  • Free Solo : les sommets les plus durs à grimper au poker

    Que peut nous apprendre le documentaire Free Solo qui a reçu l'Oscar dans sa catégorie il y a quelques semaines en Californie ? Les joueurs de poker y trouveront sûrement de bonnes informations sur la visualisation, le sur-entraînement et de nombreuses pistes pour combattre ses peurs.
    freesolo-07.jpgAlex Honnold réalise la première ascension en solo de la paroi El Capitan au Yosemite National Park, CA. (National Geographic/Jimmy Chin)

    Comment les gens parviennent-ils à continuer à exprimer leurs compétences au plus haut niveau dans des conditions de pression extrême ? Après avoir regardé ce document qui prend aux tripes, nous avons discuté avec celui qui est reconnu comme un coach extraordinaire au niveau du mental, Elliot Roe. Lui et le film Free Solo nous permettent de découvrir comment normaliser les extrêmes afin de rester performant malgré les obstacles. En effet, poker ou escalade, les recettes appliquées sont toujours les mêmes.

    A plus de 800 mètres au dessus du sol, sans corde pour s'assurer, ni aucun dispositif de secours pour se rattraper en cas de chute, le spécialiste de l'escalade Alex Honnold s'est retrouvé confronté au « Boulder Problem ».

    Même pour un grimpeur expérimenté comme le spécialiste de l'ascension libre comme Honnold, la difficulté de se déplacer horizontalement sur une paroi verticale en granit est énorme. La séquence de ses minuscules mouvements de pieds sur des prises minuscules d'un demi-pouce est impressionnante. Il doit exécuter des sortes de coups de pieds de karatékas (oui de karatékas) sans réel point d'appui sur la paroi tout en supportant son poids sur des crevasses que la plupart des gens ne remarqueraient même pas.

    Une erreur, une prise mal assurée, une blessure ou une perte de concentration et la chute mortelle s'ensuivra.

    Si vous n'avez pas encore vu le documentaire de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi qui a gagné l'Oscar du meilleur documentaire, préparez-vous à être ébloui... et à avoir les paumes moites devant la difficulté de l'ascension. Free Solo nous permet de voir Honnold partir à l'ascension d'El Capitan, un monolithe granitique de plus de 900 mètres de hauteur situé dans le Parc National du Yosemite en Californie.

    Livré à lui-même, sans équipement, la tension est à son comble et le spectateur est comme devant un film d'horreur, en train de supporter son héros, tendu par le pire qui ne peut qu'arriver d'un instant à l'autre. La mort attend au tournant, enfin derrière chaque fissure du rocher.

    En dépit de conséquences qui peuvent être dramatiques, Honnold parvient à nous faire nous sentir à l'aise grâce à la manière dont il présente l'ascension. Les dangers sont là mais la confiance aussi. Nous avons confiance en lui car il a confiance en ses capacités à réussir son projet. Le film nous permet de lever le rideau d'une performance exceptionnelle, il montre un athlète qui exécute son art au plus haut niveau sous une pression énorme. Free Solo ne nous montre pas simplement comment il réalise son défi, mais pourquoi Honnold grimpe.

    « L'ascension en solitaire d'Alex Honnold devrait être célébrée comme un des plus grands exploits athlétiques des exploits athlétiques, le plus grand de tous les temps », écrivait ainsi Daniel Duane dans le New York Times. Attention spoiler, nous pouvons vous révéler que le grimpeur arrive au sommet, devenant le premier humain à réussir l'ascension d'El Capitan sans corde. Le film est bien plus grand que de conquérir simplement le sommet, il ne parle pas que d'un sportif de haut niveau et de courage. Free Solo révèle l'importance de la préparation.
    freesolo-17.jpgL'ascension en solitaire du Capian par Alex Honnold. (National Geographic/Jimmy Chin)

    Normaliser les Extrêmes

    « Si le rêve ultime est de réaliser l'ascension en solo d'El Cap, alors je dois avoir un plan de ce que cela implique », déclare Honnold dans le documentaire. « Il me faut une image mentale des parties difficile à franchir, où elles se situent et ce que cela implique pour mon ascension », enchaîne-t-il.

    Quand Honnold parle d'image mentale, il parle d'une composition de chaque petit grain de granit de la paroi qu'il a étudiée tous les jours depuis des mois et des mois. Comme un pilote de Formule 1 connaît chaque centimètres de la piste du Grand Prix qu'il dispute, Honnold connaît El Capitan comme sa poche. La paroi ne changera pas le jour de l'ascension.

    Comment les joueurs de poker peuvent-ils créer une image mentale similaire avant de jouer ? Après tout le jeu se base sur des informations limitées et incomplètes. Il n'y a pas véritablement de recette à appliquer car vous ne savez jamais véritablement avec certitude ce que va faire votre adversaire. Vous ne connaissez pas les obstacles qui vont se dresser mais comment les meilleurs se préparent-ils à affronter l'inconnu. Nous passons derrière le monde des apparences grâce à quelques précisions du meilleur coach mental dans le poker.

    Elliot Roe est au top dans ce secteur depuis près de dix ans. Il a aidé des centaines de joueurs à différentes étapes de leurs carrières - du grinder en devenir qui passe aux plus gros tournois du monde en passant par le spécialiste du cash-game - leur permettant de régler les problèmes qu'ils rencontraient et ainsi de jouer leur meilleur jeu. Roe travaille aussi avec des des sportifs, il a donné un coup de main à des golfeurs et des combattants de l'UFC mais c'est véritablement dans le poker qu'il exerce le gros de son activité.
    untitled-design.pngElliot Roe (à droite) avec son client Fedor Holz

    « Ces carrières sont des poursuites en solo. Elles sont dépendantes de la manière dont vous performez sous la pression et l'auto-sabotage est le problème recurrent », indique Roe quand nous discutons des similarités entre le sport et le poker. « (Le bon état d'esprit) c'est d'être capable de faire ce que vous savez faire quand cela compte le plus ».

    Quand les joueurs cherchent de l'aide auprès de Roe, via son site web ou par le biais de l'application Primed Mind qu'il a développée avec Fedor Holz, ils ont souvent un gros défaut qui impacte leur poker (« Les gens ne vont pas chercher à me contacter s'ils ne pensent pas qu'ils ont un souci à régler », clarifie Roe). Pourtant, en échangeant, ils vont souvent trouver d'autres barrières à l'expression de leur meilleur jeu.
    « L'anxiété est commune, l'auto-sabotage aussi. Ils ont des problèmes de concentration, un manque de professionnalisme... la peur du succès revient souvent aussi», note Roe. « De nombreuses barrières se présentent toutes seules. Chacun est différent mais aussi très très similaire aux autres si vous voyez ce que je veux dire. En général, c'est une sorted'auto-sabotage qui fait venir le joueur, et ce comportement se traduit par différents mécanismes selon les individus ».

    Votre première pensée quand vous entendez qu'un homme comme Honnold tente une ascension sans sécurité ? A quoi pense ce gars ?! Grimper un bloc de granite de 900 mètres c'est la définition même de l'auto-sabotage. La conséquence ici est de perdre la vie, un résultat bien plus dramatique que de perdre de l'argent dans une partie de poker.

    Pour la plupart des gens, la mort serait au bout. Mais en dépit des conditions extrêmement dangereuses, l'ascension d'Honnold racontée dans Free Solo ne ressemble en rien à une tentative d'auto-sabotage. Pour lui, l'auto-sabotage aurait consisté à ne pas se préparer, à douter de lui mentalement et physiquement, mais aussi à ne pas parvenir à se visualiser lui-même en train de regarder le vide après avoir atteint son but, heureux au sommet. Ce qui permet à Honnold de tenter le défi, ce sont 20 ans de pratique et une vie dédiée à son art. Roe tente d'apprendre cet état d'esprit aux joueurs de poker.

    mm8506-161020-00032.jpgPour un grimpeur, la force des doigts peut faire la différence entre la vie et la mort. Avant son ascension, Honnold s'est entraîné, il a notamment réalisé une routine de 90 minutes durant plusieurs jours dans son van... suspendu par les doigts. Ce van est le camp de base et la maison du grimpeur depuis des années. (Jimmy Chin)

    « Quand j'ai commencé il y a huit ou neuf ans, il y avait de nombreux joueurs de poker très peu professionnel dans leur comportement. Ils buvaient en jouant, ne faisaient jamais d'exercice, ils ne géraient pas leur sommeil et n'étudiaient que très peu le jeu », se rappelle Roe.
    « Quand j'évoque le fait d'avoir une mentalité plus pro pour les joueurs, ce que je veux dire c'est qu'il faut structurer sa semaine en comprenant que votre niveau de forme va impacter votre concentration au bout de dix heures de session. Il y a un volume d'étude qui est acceptable, probablement que 7 heures devraient être le minimum pour un joueur pro. C'est plus la volonté de se définir soi-même comme un athlète pro qui en affronte d'autres pour des milliers, des centaines de milliers et parfois des millions de dollars... plutôt que de voir le poker comme quelque chose qui n'a aucune importance », explique le préparateur mental.

    Si le grind aux tables peut parfois ressembler à un travail de longue haleine, le réel travail a pris place avant de s'asseoir. Comme Roe l'indique, les joueurs ont besoin de visualiser leur succès, ils doivent aussi se préparer mentalement de la même manière qu'Honnold était prêt à affronter toutes les situations qui peuvent se présenter.

    « Je fais beaucoup de travail de visualisation avec mes clients, cela leur permet de sentir qu'ils ont déjà été dans cette situation avant. Le point de départ c'est de se poser des questions : comment je vais me sentir si je prends un Bad Beat en table finale ? Comment réagir si je perds 75 % de mon tapis sur une main ? Comment je garde mon calme après deux heures de Heads-up ? Travailler sur ces situations permet d'en faire des situations normales au niveau du subconscient, il devient normal pour vous de vous retrouver dans ce cas de figure. C'est un truc commun dans le sport car c'est cela qui vous permet de continuer à être performant. Il y a moins de difficulté pour s'adapter si votre cerveau a déjà effectué ce travail de visualisation », poursuit-il.

    La visualisation est un processus qu'Honnold a détaillé, notamment dans une interview qu'il a réalisé pour la télé américaine avec Jimmy Kimmel, un mois après son ascension d'El Capitan en solo (et donc très largement avant la sortie du documentaire).

    « Avez-vous peur quand vous êtes sur un mur à 900 mètres du sol ? » lui demandait le présentateur. « Et bien, ma peur serait grande si je n'avais pas été préparé. Grimper El Capitan je l'ai rêvé durant des années et puis j'ai passé une année de préparation sur ce défi. La plus grosse partie de la préparation c'était de visualiser, d'imaginer que c'était possible. Le côté psychologique est très important », répondait l'athlète.
    « La préparation était aussi très largement axée sur l'établissement de la route à emprunter, il fallait mémoriser chaque mouvement, être sûr que les conditions sont bonnes. On pourrait croire que c'est juste grimper mais chaque mouvement de mes mains est pensé, contrôlé, très précis. J'exécute une routine », ajoutait-il.

    Honnold n'a pas la même pression que vous ou moi si nous étions au dessus d'une falaise... car il a déjà été au sommet des centaines de fois avant. C'est normal pour lui d'être dans cette position. Comme c'est normal pour certains clients de Roe - comme Holz, Matt Berkey, Brian Rast, Christopher Kruk ou encore Jonathan Little - de réaliser un move dans une certaine situation au poker. Par exemple le 3-barrels bluff car la situation l'exige, même quand il y a un énorme palier financier.

    pca-pspc-2019-matt-berkey-monti-8796.jpgJoueur régulier des plus hautes limites, Matt Berkey consulte Roe

    « C'est exactement le même process dans le poker : travailler sur les pires scénarios, enlever l'aspect émotionnel de ces situations pour qu'elles deviennent normales », enchaîne Roe. « Pour moi, faire de la chute libre pour la première fois va être une expérience très intense mais pour celui qui est instructeur dans cette branche, sauter d'un avion dans le ciel ne va pas l'émouvoir. C'est sa normalité, son quotidien. Ce que vous voulez c'est vous mettre dans un état d'esprit qui va vous permettre de bien jouer sous la pression car la situation sera normale et que vous être performant dans ce cas-là ».

    DEPASSER SA PEUR

    Dans une scène de Free Solo, Honnold doit passer une IRM. « Il y avait beaucoup de spéculations sur ma gestion de la peur et sur ma capacité à grimper en solitaire. Les gens doivent penser qu'il cherche de l'adrénaline ou bien qu'il a pété un cable », raconte le grimpeur à la caméra.

    Après une série de tests, les docteurs informent Honnold que ses amygdales sont activées, cette glande étant le centre de la peur pour le cerveau. Ils lui disent pourtant que « les choses qui la stimulent pour les gens normaux n'ont semble-t-il pas vraiment de prise sur vous ».
    Sa réponse n'est pas surprenante pour un homme qui a dédié sa vie à tout risquer sur une ascension, une chose qu'il fait par amour et non pour l'argent ou la gloire... juste pour le plaisir de le faire ! « Peut-être que mon amygdale est simplement fatiguée par les dernières sollicitations », s'interroge-t-il.

    Nous parions qu'il y a une tonne de joueurs de poker qui aimerait que cette glande soit fatiguée comme celle d'Honnold quand ils s'installent à la table de poker, le coeur battant et l'esprit en ébullition, reluqué par 8 adversaires de la trempe de Stephen Chidwick.

    Roe a découvert que la seule façon de se sentir à l'aise aux tables de poker implique du travail mental.

    « La première chose c'est de trouver les déclencheurs qui vous font perdre pied, ensuite ils faut travailler sur ces éléments», commence Roe. « Si vous connaissez quelqu'un qui a du mal quand il est 3-bet par un même joueur plusieurs fois, essayez de comprendre le mécanisme qu'il y a derrière et dépassez cela. Si vous avez du mal avec la pression quand l'argent arrive, ou que c'est l'approche de la finale qui vous fait perdre pied, quelles en sont les raisons ? Comment allez-vous travailler pour dépasser cet état ? Cela concerne vraiment la partie du comportement irrationnel et il faut faire une thérapie profonde là-dessus, il faut identifier les souvenirs et les situations qui ont créé ce problème ».

    Si Honnold s'était figé lors de l'ascension d'El Capitan, nous aurions tous su qu'il n'aurait jamais du tenter cet exploit. Personne ne le force à grimper en solo, et ce n'est pas comme s'il ignorait les risques puisque de nombreux grimpeurs ont perdu la vie en pratiquant leur passion. Honnold parle d'ailleurs ouvertement de la mort de ses paires et de ses amis. Il suggère aussi que la zone mentale atteinte par un grimpeur est très fragile. Comment évite-t-il la peur ?

    « La composante mentale de la grimpe est primordiale », raconte Honnold dans le film. « Le plus gros challenge c'est de contrôler son esprit. Si vous êtes incapable de contrôler votre peur, vous essayez de la contourner. Quand les gens parlent de supprimer cette peur, je regarde les choses différemment. J'essaye d'augmenter la taille de ma zone de confort en pratiquant les mouvements nécessaires encore et encore. Je travaille à travers ma peur jusqu'à ce qu'elle disparaisse ».

    mm8506-160518-00013-628.jpgAttaché à des cordes, Honnold s'entraîne sur la route qu'il empruntera lors de son solo sur El Capitan. Il teste la totalité de son corps - des doigts aux orteils et travaille son mental ainsi que sa résistance. (Jimmy Chin)

    C'est exactement ce que fait Roe avec ses clients du poker.

    « La confiance vient de la connaissance. Faites vos devoirs, regardez les chiffres. Les plus grosses anxiétés viennent de l'inconnu, vous avez peur quand vous n'êtes pas sûr ou que vous devinez. Mais si vous savez quoi faire dans tel ou tel spot, il n'y a pas la même pression émotionnelle, c'est ce qu'Alex décrit dans ce documentaire. Le niveau de préparation induit de manière dramatique le niveau d'énergie émotionnelle dont vous avez besoin pour faire quelque chose », précise le spécialiste.

    En parlant d'énergie émotionnelle, parlons des downswings et de la peur qu'ils peuvent engendrer. Roe a un moyen d'aborder la chose : vous n'êtes jamais dans une série perdante car c'est une chose qui n'existe que dans le passé.

    « Les joueurs de poker vont vous dire "je suis dans un downswing". Non. Dans les sessions précédentes tu as perdu, tu étais en train de perdre mais maintenant nous sommes dans la partie qui se déroule en ce moment, tu vas perdre ou gagner. Les résultats sont indépendants entre les sessions. Il n'y a pas un mois ou une année, ce qui importe c'est la manière dont tu joues aujourd'hui avec les cartes que tu reçois ».
    Penser comme cela ne se fait pas forcément en un jour et cela devient parfois compliqué de maintenir cette ligne quand les choses ne vont pas dans votre sens, encore et encore. Comment Roe aide-t-il les joueurs à changer leur perspective ?

    « Travailler avec un athlète professionnel, que cela soit un guerrier, un joueur de rugby ou un athlète olympique c'est pareil. Il faut reconstruire une confiance en comprenant et en travaillant sur ce qui s'est passé. Le recomposer pour retrouver un niveau de performance qui a déjà été attaint », détaille Roe.

    « Souvent, quand les mauvais coups s'enchaînent, le joueur commence à jouer de manière différente sans le réaliser. Il vont perdre leur confiance en leur jeu, tenter de réduire la variance... et ils réduisent cette variance d'une manière qui réduit aussi leur profitabilité éventuelle. Ainsi ils ne jouent plus le jeu qu'ils pratiquaient quand ils faisaient des bénéfices... et cela étend leur période de mauvais résultats. Ce qui commence généralement avec un manque de chance se poursuit souvent par un manque de qualité dans le jeu. »

    « Nous essayons de retrouver l'état mental qu'ils avaient avant les mauvais coups. Que vous soyez positif ou négatif, rien n'a plus d'importance que la manière dont vous allez gérer votre capital de jeu ».

    LUMIERE, CAMERAS, ACTION, PRESSION

    L'invention des cartes visibles par la télévision a procuré un amusement supplémentaire aux fans, elle induit aussi la possibilité pour l'audience d'apprendre à mieux jouer... et aussi la création de stars dans le poker. Jouer devant les caméras a aussi largement augmenté la pression sur les joueurs.

    « D'habitude personne ne voit vos cartes quand vous foldez. Dès que vous êtes à la télé, vous montrez aux autres ce que vous faites ». Roe va nous confier que certains clients lui ont déclaré avoir balancé un tournoi quand ils ont su qu'ils allaient être déplacés à la table télévisée.
    « Quand ce problème se présente, nous parlons souvent d'un joueur qui joue des tournois à 1000 € et qui se retrouve soudainement sur un tournoi principal un peu plus onéreux. Ils sont préoccupés par le fait de pouvoir être jugés par des pros ou par le public sur un forum, parfois de subir la critique des commentateurs. Nous parlons de l'insécurité par rapport à un jugement. Pour des professionnels, ils ont déjà connu cette situation donc c'est moins poussé mais même les pros n'ont pas forcément une grosse habitude de cette situation. Cela n'est vraiment normal que pour les joueurs qui disputent les plus grosses limites ».

    freesolo-bts-08.jpgJimmy Chin se met en position pour filmer l'Enduro Corner, situé sur une partie haute d'El Capitan. (National Geographic/Cheyne Lempe)

    On pourrait dire qu'Honnold est désormais le grimpeur le plus connu de l'histoire de l'escalade, suivant chacun de ses mouvements. Ce problème est discuté plusieurs fois dans le documentaire, de chaque côté. Le réalisateur Jimmy Chin évoque de manière émue la douleur de potentiellement filmer son ami "tombant dans le précipice vers sa propre mort". Pendant ce temps-là, Honnold s'interroge sur la présence des observateurs et se questionne sur leur influence sur lui.

    « L'idée de tomber est digérée si j'étais tout seul là-haut », admet-il durant le film. « Mais je n'ai pas envie de tomber devant mes amis », précise-t-il. Même si la possibilité de mourir devant une audience n'a rien à voir avec mal jouer une main devant ses copains, il y a quelques similarités.

    Dans une discussion avec Peter Croft, un grimpeur expérimenté et adepte des ascensions en solo, le duo aborde le sujet de la présence d'une équipe de tournage et de son impact. « Le pire truc à propos de cela c'est si cela provoque un changement dans ton état d'esprit», explique Croft à Honnold. Mais quand Chin demande à Honnold s'il veut arrêter de filmer ce documentaire, la réponse fuse : « Non. C'est dur à expliquer mais j'accorde plus d''importance à réaliser cette ascension qu'au fait que cela soit filmé. Je suis au courant que si je le souhaite, je n'ai à le dire à personne et je n'ai qu'à le faire comme je l'entends ».

    freesolo-bts-03.jpgClair Popkin, qui dirigeait la photographie sur Free Solo, filme Alex Honnold en train de se faire à dîner au sommet d'El Cap après une journée d'entraînement. (National Geographic/Samuel Crossley)

    Il y a une liberté à réaliser l'exploit seul. Mais il y a un facteur de motivation à réussir l'exploit devant les caméras, avec des témoins.
    « La présence de ces gens m'oblige à un gros niveau de préparation et exige un degré de confiance en moi encore plus important », raconte Honnold à la caméra. « Je dois chercher tellement au plus profond de moi que cela ne fait pas de différence s'il y avait un stade entier en train de me regarder. Le Jour J doit être tellement facile pour moi que je pourrais presque prendre le temps de leur dire "Regardez-ça !" Je sais que j'en suis capable ».

    Pensez à cela la prochaine fois que vous regardez un tournoi de poker à plus de 100 000 € l'entrée !

    Et Après

    Quand vous avez terminé l'ascension de l'Everest, ou votre session de poker, il faut retourner à la vie réelle. Plus facile à dire qu'à faire.
    Alors qu'Honnold a été très pris des mois par la promotion de Free Solo, il a trouvé le temps de faire quelques ascensions durant le même temps. Le désir de se confronter à la paroi (avec ou sans corde) était le plus fort, ce n'est pas quelque chose que vous pouvez mettre de côté trop longtemps.

    freesolo-21.jpgClair Popkin est là pour prendre Alex Honnold au top d'El Capitan après son solo en freeride. (National Geographic/Jimmy Chin)

    Encore une similarité avec le poker ! Comme la grimpe, il ne s'agit pas d'une session sans suite. Prenez le temps de réfléchir après al partie. Pourquoi ? Comme le pointe Roe, le but est de survivre à long-terme.

    « Je recommande la méditation après la session. Cela aide les joueurs à digérer afin de ne pas être trop affecté par un Bad Beat ou une grosse gagne. Cela permet de ne pas amener une mauvaise humeur ou de l'excitation à la maison. L'idée c'est qu'au poker tu te prépares mentalement pour jouer ton meilleur jeu techniquement et émotionnellement. Ensuite tu digères la session en acceptant que c'est un jeu de long-terme, et à la fin tu déconnectes pour retourner encore une fois à la vie normale ».

    Si cela se passe mal et que tu veux rejouer le lendemain c'est possible. Si cela se passe bien et que tu veux faire une pause, tu as le droit. Si tu as confiance en ton travail loin des tables, alors tu gères ton organisation et ton temps de jeu comme tu l'entends. Pour Honnold, c'est clair qu'il saura quand le temps sera venu de grimper.

    « Il y a toujours quelque chose qui doit te donner la confiance nécessaire pour ouvrir la voie en solo», raconte-t-il à la caméra. « Parfois cette confiance provient du fait d'être en super bonne forme. Parfois cette confiance vient de ta préparation ou du repos que tu as pris. Mais il y a toujours quelque chose qui te donne le signal », poursuit Honnold.

    Si vous n'avez pas encore regardé Free Solo, nous vous le recommandons. Cela vous permettra de jeter un oeil à la vie d'un homme qui a dédié son existence entière à quelque chose. A cette époque Honnold habitait dans un van qui lui permettait de grimper quand il le souhaitait... et il est devenu une icône.

    Quand elle a reçu le prestigieux trophée pour le documentaire, Elizabeth Chai Vasarhelyi a remercié Honnold : « Merci Alex, tu nous as donné du courage, tu nous as appris à croire dans l'impossible, tu es une inspiration ».

    Probablement qu'un joueur de poker ne montera jamais aussi haut, cela n'empêche pas Roe de trouver énormément de points communs aux deux pratiques. « Toutes ces choses sont identiques. Si vous voulez enlever les erreurs, il faut un énorme niveau de préparation, c'est exactement ce qui est décrit dans ce film », termine-t-il.

    « La visualisation en permanence, l'étude permanente, la préparation personnelle constante pour faire face à n'importe quelle situation. Cela vous permet de tenter de résoudre en permanence le puzzle, encore et encore. Le poker ce n'est que cela, trouver la solution d'un puzzle mathématique », explique-t-il en conclusion.

    Comme l'escalade des plus hauts sommets, les plus hautes limites du poker sont une quête de la perfection. « Si vous cherchez la perfection, l'escalade en solo c'est les nuts. Et c'est une sensation extraordinaire que de se sentir parfait pour un bref moment », finit Honnold.
    freesolo-09.jpgPortant la totalité de ses accessoires - ses chaussures et son sac de talc - Honnold se tient au sommet d'El Capitan après une ascension de 4 heures. « En bas j'étais un peu nerveux, c'est quand même un sacré mur qui se dressait », a-t-il dit après son exploit. Quelle est la suite ? « Je veux continuer à grimper des voies compliquées. Tu ne quittes pas la partie dès que tu redescends. » (Jimmy Chin)

  • #2
    Sacré article ! A défaut de pouvoir tout appliquer au poker, je vais me précipiter voir Free Solo... enfin précipiter ( donc tomber dans un précipice, haha) peut être pas, mais le regarder avec grand intérêt, certainement !

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