Les cotes du pot et le paralogisme du 50/50

Nobody2627 | il y a 1 mois dans Cash Games

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur l’un des instincts humains les plus destructeurs au poker. Nous sommes programmés pour favoriser les actions à prédominance favorable, et pour éviter celles qui sont majoritairement défavorables. Notre subconscient adore se référer au seuil des 50 % de favorabilité (ou de justesse). Les gens courent des marathons parce qu’ils estiment que les bienfaits sur la santé, la poussée d’adrénaline et le sentiment de réussite l’emportent sur la sensation de brûlure dans leurs poumons et leurs jambes. Les gens choisissent de ne pas manger de charbons ardents, car cela ne vaut pas la peine de se brûler la bouche au troisième degré simplement pour pouvoir se vanter auprès de ses amis. Le poker nous demande constamment d’effectuer des actions majoritairement défavorables. Nous sommes régulièrement obligés d’injecter de l’argent dans un pot qu’on finira par perdre.

Tout cela à cause des cotes du pot. Avant d’explorer cette psychologie plus en détails, faisons une petite piqûre de rappel sur leur mode de fonctionnement.

Les cotes de pot face à une mise

Face à une mise inférieure au pot, il nous faudra toujours moins de 33 % d’équité pour qu’il nous soit bénéfique de suivre. Supposons que le pot est de 100 € et que l’adversaire mise 50 € à la rivière. Nous devrons également investir 50 € dans un pot qui passera à 200 € une fois que l’on aura suivi. Cela signifie que notre investissement constituera 25 % du pot final. Par conséquent, si on arrive à remporter 25 % du pot final, on récupère la somme investie. Ce qui veut dire que notre pourcentage de gain en break-even (EV0) est de 25 %.

Comment le paralogisme du 50/50 provoque de mauvais folds

L’auteur de l’article : Voici le déroulement d’une main que j’ai joué un peu plus tôt dans la matinée à une table de NL100 Zoom.

Un joueur récréatif que je n’ai jamais affronté auparavant relance à 3 $ depuis le hi-jack, et je 3-bet à 9,50 $ depuis le bouton avec Q♥Q♠. L’adversaire suit et le flop donne vient A♦J♣5♥. L’adversaire checke et je fais de même. C’est la meilleure façon de jouer quand on affronte des joueurs inconnus plus faibles, car ils font souvent de mauvaises mises à la turn et à la river, mais ils auront du mal à faire beaucoup d’erreurs face à une mise au vu de la médiocrité de notre main.

La turn est le 2♦. Le pot s’élève maintenant à 20,50 $ et l’adversaire prend l’initiative et mise 10 $. Je me contente de suivre.

La rivière est le 8♣, une brique de plus, et l’adversaire mise 19 $ qui viennent s’ajouter aux 40,50 $ déjà présents dans le pot. Puisque cette mise est légèrement inférieure à la moitié du pot, il me faut un peu moins de 25 % d’équité pour suivre.

Cette situation est majoritairement défavorable.

J’ai plus d’une chance sur deux de perdre contre Ax ou mieux. Cependant, j’estime que la portion du pot du joueur plus faible fluctue suffisamment pour me permettre de gagner 30 à 40 % du temps. C’est bien au-delà des 25 % d’équité visés. Si je laisse mon cerveau appliquer le scénario « majoritairement défavorable » habituel, je finirai par faire un mauvais fold et j’empocherai moins d’argent sur le long terme qu’en suivant.

Je suis et je perds contre A♣J♣. Je sais très bien que suivre pour gagner 25 % du temps, voire plus, implique de perdre fréquemment. La situation est certes majoritairement défavorable d’un point de vue financier, mais cela n’enlève rien au fait qu’il est plus bénéfique de suivre. Ce n’est pas parce que j’ai perdu que je dois remettre le fait d’avoir suivi en question, puisque j’avais déjà accepté l’idée de perdre !

Les cotes du pot d’un bluff à la river

Quand on mise avec une main qui perdra indéniablement si elle est suivie, c’est un bluff pur et dur. Imaginons que nous nous trouvons dans une situation où nous envisageons de bluffer à bas prix en misant un tiers du pot à la rivière. Le pot s’élève à 300 $, et nous misons 100 $ pour tenter de pousser l’adversaire à passer le bas de sa range. Nous risquons une unité pour en gagner trois. Notre unité deviendra partie intégrante d’un pot de quatre unités, et constituera donc 25 % du nouveau pot. Si l’adversaire passe une fois sur quatre, nous récupérerons ces 100 $. S’il passe plus souvent que ça, le bluff devient alors rentable (nous récupérons nos 100 $ et un peu d’argent en plus).

Avec ces petits bluffs, nous pouvons très souvent pousser les autres à passer plus d’une fois sur quatre, mais peu de joueurs osent le faire. Pourquoi ? Parce que vous pensez que vous serez probablement suivis. Vous pensez que ce sera majoritairement défavorable !

Comment le paralogisme du 50/50 nous fait rater de bons bluffs

L’autre jour, je relance à 3 $ depuis la petite blind avec 10♣7♣ et un joueur régulier expérimenté suit depuis la grosse blind.

Le flop vient 6♠4♠2♦ et je check, dans l’optique d’abandonner tout simplement cette main perdue d’avance. L’adversaire check également, et la turn révèle le 8♥. Je mise un tiers du pot et l’adversaire suit. C’est une situation très fréquente dans la théorie du jeu une fois que l’adversaire a cappé sa range en checkant post-flop. Il possède beaucoup de mains poubelles qui me battraient à l’abattage, ce qui m’incite à effectuer beaucoup de petites mises.

La river est le 3♦ et je mise à nouveau un tiers du pot alors que je ne suis pas loin de posséder la main la plus basse du jeu ! Si on peut lui faire passer une bonne partie de ses hauteurs Roi et de ses hauteurs As, il passera alors bien plus de 25 % de sa range. Cette mise devrait me faire perdre moins d’argent qu’un check. Toutefois, il est également vrai que ma mise sera suivie la plupart du temps, et que je perdrai de l’argent en plus. Mon subconscient a envie de checker, car il n’aime pas l’idée d’investir de l’argent pour ensuite perdre la plupart du temps. Je dois passer outre cette programmation erronée pour trouver le bluff qui sera rentable.

Cette fois-ci, l’adversaire relance et je me couche. Ce n’est pas grave. J’avais accepté l’éventualité de perdre cette somme supplémentaire. C’est toujours mieux que de checker !

Conclusion

Le paralogisme du 50/50 vous poussera à ignorer l’élément le plus fondamental du jeu : les cotes du pot. Ne vous laissez pas berner : ne réfléchissez pas de façon non statistique. Le poker exige des joueurs qu’ils aient cette vision mathématique. Les cotes du pot sont loin d’être surfaites.

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